LES FEMMES EN JUDO: SÉVERINE VANDENHENDE

Les Français ont certainement une tendance, certains des athlètes les plus performants évoluent vers une position pour produire des athlètes plus performants, en transmettant leur sagesse. C’est certainement le cas de la championne olympique et mondiale, Séverine Vandenhende.

Séverine a commencé le judo à l’âge de huit ans dans un club de judo du Vieux-Condé dans le nord de la France. Son aventure a commencé et au début des années 1990 a commencé avec une médaille de bronze du monde junior et une médaille d’argent européenne junior et seulement deux ans plus tard en 1994, elle a fait sensation devant un public local pour remporter une médaille de bronze au Tournoi de Paris, le Grand Chelem de Paris en tant que nous le savons maintenant.

Bien que la médaille d’or lui ait échappé dans cette compétition, elle a fait mieux et a remporté le titre mondial à Paris en 1997, la même année que sa première médaille européenne senior. Ce cycle olympique a été crucial pour Séverine, ses succès l’ont menée à un titre olympique à Sydney, en Australie.

Ce fut une décennie impressionnante pour elle et elle entraîne désormais l’équipe de France féminine vers de multiples médailles européennes et mondiales.

Séverine avec la médaillée de bronze Hélène Receveaux aux Championnats du monde de Budapest 2017 (c) Gabriela Sabau

Une foule d’entraîneurs ont joué divers rôles dans son succès en tant qu’athlète, à l’origine, Giovanni Solini qu’elle remercie énormément pour son attitude exigeante qui l’a conduite à ce point. Ensuite, Guy Delvingt au centre national junior, bien que ce soit bref, c’était son introduction à la performance de haut niveau. A leur arrivée à l’INSEP, les deux entraîneurs nationaux juniors étaient Béatrice Rodriguez et Dominique Brun, deux champions du monde. Incidemment, ils lui ont appris à former les gauchers. S’échauffant et pratiquant la technique à droite, elle se rendait à Randori à gauche, ils ont pu rectifier cela pour la rendre meilleure.

Au niveau senior, c’était différent pour elle, la technique et les bases étaient là et elle était performante, c’était son attitude qui était testée maintenant.

Quand je suis devenu senior, j’avais Yves Delvingt et Christian Dyot. Yves m’a appris la dureté et la rigueur à l’entraînement. Christian m’a permis de garder ma spontanéité, mon instinct et le côté ludique du judo. Ensuite, il y a eu Cécile Nowak (championne olympique et championne du monde) et Patrick Rosso avec qui j’ai découvert et réalisé l’importance de l’individualisation dans l’entraînement. Durant cette période, j’ai vécu mes plus grosses blessures et mes plus grands succès. Ils ont pu me ramasser du plus bas pour m’emmener au plus haut. Sans peut-être s’en rendre compte, chacun de ces entraîneurs a contribué au judoka que je suis devenu.

Ce n’est un secret pour personne que les entraîneurs féminins de haut niveau font défaut, nous demandons donc à Séverine si elle estime que c’est important d’avoir une entraîneure féminine et est-ce que c’est ce qu’ils proposent qui est différent des hommes.

En tant qu’athlète je ne me posais pas la question, j’avais l’habitude d’évoluer dans un environnement plutôt masculin. C’est à la fin de ma carrière avec l’arrivée de Cécile que cela a retenu mon attention. Paradoxalement, elle n’était pas plus tendre que les hommes, bien au contraire! Cependant, elle avait les bons mots, les mots qui me touchaient, qui me faisaient parfois beaucoup de mal mais qui me permettaient de prendre conscience et de réagir. Elle m’a «piqué» quand c’était nécessaire, mon ego a pris un sacré coup. [she laughs] Elle a pu trouver la porte d’entrée, la clé.

Championne du monde de Tokyo 2019 Marie Eve Gahie (c) Emanuele Di Feliciantonio

Fait intéressant, elle continue en expliquant ce qui manque à la discussion en ce qui concerne les contributions des entraîneurs aux athlètes,

Aujourd’hui on s’interroge beaucoup sur tous les facteurs de performance, il existe de nombreuses études sur les méthodes d’entraînement, la préparation physique et mentale, la récupération, etc. Cependant, on parle beaucoup moins de la façon dont les humains ont évolué au fil du temps. Quand on reste des années avec un entraîneur masculin, il nous voit grandir mais oublie parfois que l’adolescent est devenu une femme (ces changements ont pour moi, moins d’impact sur les hommes) que les besoins ne sont plus les mêmes, que leur relation doit évoluer. Je pense qu’une femme a cette sensibilité et perçoit ces choses beaucoup plus rapidement. Pour la majorité des athlètes féminines, il est assez difficile de parler à un entraîneur masculin des problèmes féminins. Certains y parviennent facilement mais cela reste une minorité.

Il est important de noter que le système français de l’INSEP permet aux athlètes de s’entraîner et d’étudier pour mieux les préparer aux carrières post-judo. Séverine a décidé d’être enseignante en éducation physique mais, plus concentrée sur sa formation, a obtenu une licence d’option de formation, un certificat d’État et le personnel enseignant du sport, même aujourd’hui, elle peut continuer à apprendre la formation.

Cependant, elle n’est pas entrée directement dans l’entraînement au niveau national, mais elle avait beaucoup d’expérience auparavant.

Quand j’étais plus jeune, j’ai donné quelques leçons aux enfants. J’ai mis un terme à ma carrière en 2003 suite à une seconde rupture du ligament croisé, en parallèle j’ai obtenu le profossorat de sport après avoir déjà obtenu ma licence et mon certificat d’état. Je me suis également entraîné dans un club, au RSC Champigny; J’ai proposé mes services à la fédération qui m’a positionné comme formatrice nationale auprès des plus jeunes filles et comme formatrice au Pôle France de Brétigny pendant trois ans. Ensuite, je suis devenue formatrice à l’Institut de Judo et formatrice à l’université nationale pendant les trois années suivantes. Par la suite, j’ai été entraîneur national à l’INSEP pour les femmes U23 et après trois ans de plus, je suis devenu responsable de l’équipe de France féminine junior pendant quatre ans. Depuis 2017, je suis coach INSEP de l’équipe de France senior féminine. J’ai travaillé avec toutes les populations avant de former l’élite.

En conséquence, la transition de l’athlète à l’entraîneur a été rapide. Le fait de faire cela m’a permis de ne pas m’attarder sur ma carrière et d’ouvrir une nouvelle page de ma vie. J’ai toujours envie de passer, c’est un vrai plaisir pour moi. J’ai vite compris que chaque athlète était différent et avait sa propre voie. J’ai étudié pour mieux répondre et le plus rapidement possible aux besoins des athlètes. C’est une deuxième carrière pour moi, je vis des émotions différentes mais aussi fortes voire plus fortes que lorsque j’étais athlète. J’ai compris au fil du temps ce que mes entraîneurs ressentaient chaque jour.

Amandine Buchard a remporté la médaille d’or dans la catégorie -52kg au Grand Prix de Tbilissi 2017 (c) Gabriela Sabau

Séverine comprend également le sentiment de réussite et d’échec, les joies, les déceptions, les frustrations, les grosses blessures avec de multiples opérations, la difficulté de la rééducation, la difficulté à trouver son meilleur niveau, des moments de solitude, de doute, de remise en question.

Je connais très bien les contraintes et les sacrifices imposés par le haut niveau. J’ai expérimenté la facilité à l’entraînement mais aussi plus souvent la dureté, la patience qui est parfois nécessaire lors d’une séance technique. Même si le monde du sport évolue, (surtout ce qui se passe autour) sur le tatami c’est toujours la même chose. Je suis très impliqué dans la discussion avec les athlètes, je partage souvent ma propre expérience avec eux. Je leur dis « J’y suis allé, je sais ce que c’est, je sais que c’est dur, tu vas le faire, il ne faut pas perdre la concentration sur l’objectif ». Cela me permet également d’engager des discussions, de poser des questions lorsque l’athlète n’ose pas ou ne peut pas exprimer les choses. Je pense que nos échanges renforcent nos relations et construisent la confiance. Je pense qu’avoir eu une carrière de haut niveau donne de la crédibilité et aide à se former.

L’équipe de France féminine est incroyable avec quatre places n ° 1 en WRL. Alors, qu’est-ce qui a contribué à former une unité aussi forte?

Nous sommes trois entraîneurs avec Lucie et Larbi. Ils ont de belles carrières, même si nous avons emprunté des chemins différents, nous sommes d’accord avec les exigences qu’il faut pour performer à un haut niveau. Nous sommes très complémentaires je pense que cela permet aux athlètes de se retrouver en l’un de nous ou tout simplement de prendre à chacun de nous ce qui lui convient le mieux. Nous sommes là pour les aider à se construire en tant qu’athlète et à devenir indépendants. Nous avons la chance d’avoir des athlètes qui savent ce qu’ils veulent, ils ne trichent pas à l’entraînement, ils n’ont pas de temps à perdre, ils savent se faire du mal, ce sont de vrais guerriers. Quand une jeune rejoint le groupe, elle est très vite reprise par les autres, elle n’a d’autre choix que de suivre le rythme, car il y a une dynamique de groupe très forte, la victoire appelle la victoire.

Séverine ajoute en plaisantant à la fin,

Et pour le reste, cela reste notre secret.

Finale festive pour Marie Eve Gahie et Séverine après avoir remporté le titre mondial en 2019 (c) Emanuele Di Feliciantonio

Finale festive pour Marie Eve Gahie et Séverine après avoir remporté le titre mondial en 2019 (c) Emanuele Di Feliciantonio

Finale festive pour Marie Eve Gahie et Séverine après avoir remporté le titre mondial en 2019 (c) Emanuele Di Feliciantonio

Toutes les femmes n’ont pas eu l’opportunité de grandir grâce à un système d’éducation comme en France, alors Séverine offre des conseils à celles qui envisagent une carrière d’entraîneur mais qui sont toujours «  sur la clôture  ».

C’est un travail fabuleux, si vous le voulez et que vous êtes motivé, n’hésitez pas. Je suis sûr que dans votre club ou votre région, vous trouverez quelqu’un qui vous accompagnera dans vos démarches. Il existe des formations et des diplômes pour chaque niveau. Même si vous avez peur d’être la seule femme, allez-y, d’autres peuvent suivre. Allez rêver, ce ne sera que bénéfique.

Même si elle fait valoir que le rêve est la base et la motivation, elle explique également pourquoi il n’y a pas autant d’entraîneurs féminins et les obstacles auxquels elles sont confrontées dans ce sport. En général, elle pense qu’il semble plus naturel pour un homme de devenir entraîneur, car pour beaucoup de gens, le judo est toujours un sport masculin, mais elle est reconnaissante que les mentalités changent. Ensuite, il y a les facteurs externes tels que la famille, qui laissent les femmes se demander si elles peuvent effectivement faire les deux, fonder une famille et mener cette carrière professionnelle.

Une autre observation est que nous demandons toujours plus d’expérience à une femme qu’à un homme. L’homme a, la plupart du temps, la légitimité alors qu’une femme doit constamment faire ses preuves pour obtenir cette légitimité. Je pense que les femmes ont besoin de se sentir confiantes, accompagnées et soutenues, malheureusement ce n’est pas assez le cas. Un homme qui a du caractère est un point fort, une femme qui en a devient un défaut. Ils sont beaucoup plus observés et jugés que les hommes. Les femmes doivent sentir qu’il est possible de devenir entraîneur, ce n’est pas un métier réservé aux hommes, au même titre que les arbitres, les officiels ou les politiciens. Heureusement, certains ont osé et nous réussissons. Nous avons vu qu’Urska Zolnir entraînait les hommes en Slovénie et récemment Yvonne Bönisch en Autriche. Cela montre que le monde du judo évolue et qu’il s’ouvre davantage aux femmes, elles trouvent enfin leur place.

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